Bio : 7 préjugés sur le mot

patates bio

On a tous et toutes, à un moment ou un autre, des préjugés, bio ou pas. Que ce soit sur notre prof de 6ème, sur notre voisin, sur la politique économique, etc. Ici, je ne vous parlerai que d’agriculture biologique !

Ayant moi-même été avicultrice en bio, j’ai souvent fait face aux préjugés dans mon travail. Qui n’a jamais dit, ou entendu dire :“Quand même vendre des produits biologiques emballés dans du plastique, c’est une aberration !”.”Je n’achète que des produits avec le logo AB. Je n’ai confiance qu’en la charte bio française, non aux produits espagnols !”

pommes sous plastique

“Vendre des produits biologiques emballés dans du plastique, c’est une aberration ! “

On ne le répètera jamais assez, mais l’agriculture biologique est uniquement une méthode de production agricole. L’Union Européenne la définit ainsi :« La production biologique est un système global de gestion agricole et de production alimentaire. Elle allie les meilleures pratiques environnementales, un haut degré de biodiversité, la préservation des ressources naturelles, l’application de normes élevées en matière de bien-être animal. Et une méthode de production respectant la préférence de certains consommateurs à l’égard des produits obtenus grâce à des substances et des procédés naturels ». — Règlement (CE) N°834/2007

Il y a trop souvent confusion entre agriculture biologique et écologie ou encore zéro déchets. L’agriculture biologique se soumet à un cahier des charges, qu’on appelle dans le jargon “référentiel”. Il en existe un pour chaque type de culture : maraîchage, arboriculture, élevage, viticulture, etc. Ce cahier des charges mentionne pour chaque culture, le mode de conduite, la densité, les intrants autorisés ou non, etc….

A l’heure actuelle, les différents cahiers des charges prennent peu en compte l’emballage du produit. A l’exception de Nature & Progrès, le label probablement le plus restrictif …. L’écologie et le zéro déchet, n’ont pas de chartes et/ou référentiels… Mais qui sait, les mentalités semblent évoluer en la matière ces dernières années. En effet, les rayons de Vrac (qui ne sont pas toujours Bio) fleurissent à la demande des consommateurs.

logo bio français

“Je n’achète que des produits avec le logo AB. Je n’ai confiance qu’en la charte bio française, non aux produits espagnols !”

Le logo AB est facultatif depuis 2010 ! En effet, ce logo bien connu des consommateurs français était une référence plus restrictive que ses consœurs européennes. Mais ça c’était avant…

Aujourd’hui, seule la feuille verte est obligatoire, et synonyme de produit certifié. Si le logo AB est toujours existant, il est cependant caduc, et uniquement facultatif pour le producteur. Les producteurs espagnols, polonais et français, suivent donc tous les mêmes référentiels.

Le hic, car il y a toujours un hic, c’est la non-harmonisation des politiques de contrôle au niveau européen. En France, la moyenne des contrôles est de 1,6 fois/an en moyenne. Alors qu’en Espagne ou en Roumanie, on comptabilise moins d’une visite/opérateur…

Surfaces bio en europe

“Un produit qui a fait 30.000 km ne peut pas être bio !”

L’Union Européenne a mis en place des régimes d’équivalence avec de nombreux pays. Canada, les États-Unis, l’Islande, le Japon, la Norvège, la Nouvelle Zélande, la République de Corée, la Suisse, et la Tunisie. Ce qui signifie que les deux parties reconnaissent l’équivalence de leurs règles de production et de leurs systèmes de contrôles.

Pour votre quinoa de Bolivie ou vos baies de goji de Chine, les importateurs doivent demander une autorisation spécifique. Nous sommes bien sur d’accord sur le fait qu’aucun système n’est totalement fiable. Ils doivent cependant fournir la preuve que le produit est conforme aux exigences bio européennes. Un permis d’importation est valable pour une quantité précise, et pour une période déterminée. Tous les produits alimentaires qui portent un label Bio, locaux ou importés, répondent donc au même cahier des charges. La plupart des distributeurs/importateurs mettent en place leurs propres filières dans les pays producteurs pour assurer le contrôle des producteurs.

patates bio

“Je préfère acheter mes produits frais sur le marché car les produits sont tous locaux !”

Cette allégation est vraie si vous vous adressez à un producteur. Mais peut être fausse, si vous vous adressez à un revendeur. En effet, le maraîcher bio (ou non), aura une production locale et de saison. Le primeur se fournira peut être au marché de gros… Et aura donc les mêmes produits que votre supermarché du coin…

Attention aussi aux confusions, si bio ne veut pas forcément dire local, local ne veut pas dire bio ! Si vous avez la chance de pouvoir allier les deux, vous faites partie des petits veinards !

“Le bio,c’est trop cher !”

Malheureusement, c’est souvent vrai, pour de multiples raisons :

  • Les rendements sont encore inférieurs par rapport à ceux de l’agriculture conventionnelle.
  • La taille des exploitations bio, ainsi que celle des distributeurs est bien souvent plus petite.
  • L’obtention du label bio via la certification a un coût. En effet, pour ceux qui ne le savent pas, la certification d’une production est payante.
  • Le coût de la main d’œuvre, en fonction du pays producteur, peut être source de variations de prix.

La demande de produits bio étant de plus en plus importante, les surfaces agricoles augmentent. Et le bio est plus accessible qu’il y a dix ans. Et en achetant local, de saison, non transformé, on limite les frais. Je ne vous parle pas de la satisfaction d’avoir une alimentation saine et de qualité.

verger pommes

“Un terrain bio entouré de terrains conventionnels ne peut pas être bio”

Comme nous l’avons vu précédemment, l’agriculture biologique est un mode de conduite des cultures. Ce n’est donc pas une bulle de protection, nous sommes bien d’accord.

Il est bien évident qu’un terrain entouré de cultures en conventionnel subit des contaminations. Cependant, pour isoler une parcelle bio des conventionnelles, le producteur a obligation de “créer” des séparations. Des barrières naturelles, comme un chemin, un fossé, une haie plantée (bocage), ou encore une bande de terre non-cultivée. Les organismes de contrôle sont très vigilants. Les terrains bio entourés de terrains conventionnels, grouillent d’un grand nombre d’insectes et de petits animaux . Par contre, vous n’en trouverez pas ou peu dans la parcelle voisine en conventionnel.

“Un analyse de sol est systématique à chaque demande de conversion en agriculture biologique ! “

Une analyse de sol n’a lieu que dans un cas sur dix. Principalement en cas de suspicion de contamination de la récolte par un voisin en conventionnel…

Pour convertir un terrain en bio, il faut une visite d’un salarié d’un organisme certificateur. Il dira si la parcelle est bio, ou en conversion. En général, on demandera au producteur de prouver que sa parcelle est en friche ou en jachère depuis X années. En cas d’analyse de sol, celle-ci sera à charge financière du producteur, et non de l’organisme certificateur.

Lorsque les producteurs, agriculteurs, transformateurs et distributeurs demandent une certification bio, ils s’engagent à se soumettre à deux contrôles/an. Une visite annuelle, et une visite “surprise” appelée “visite inopinée”. Le “contrôlé” doit alors fournir tous documents utiles : factures des fournisseurs, plans d’épandage, registres d’élevage… Le contrôleur visitera l’exploitation et les stocks, afin de s’assurer de la conformité avec la charte concernée.

Vous avez d’autres questions/préjugés à nous soumettre ? N’hésitez pas à laisser un commentaire !

.

14 Comments

  • Ancien agriculteur, je pense que le bio n’est pas payé le prix qu’il coûte et les citadins ne le savent pas. Les nombreuses subventions ( aides diverses et variées ) dont il bénéficie sont de l’argent pris aux plus pauvres pour que l’alimentation des riches coûte moins cher.

  • Par contre pour vous donner une idée dans les années 1970-1980 on utilisait environ 25-30 kg de cuivre par hectare de vignes en bio ou non d ailleurs à cette époque aujourd’hui on parle de 5 a 6 kg de cuivre métal par an et par hectare

  • En bio ce n.est pas la lutte contre les maladies qui est interdite mais l.utilisation de substances de synthèses .tous les éléments naturels Cuivre , soufre etc sont autorisés même si effectivement ils peuvent avoir une toxicité

  • Bonjour,
    Quelle est votre avis sur l’utilisation des pesticides dans les cultures bio, notamment en ce qui concerne le sulfate de cuivre dont la toxicité pour l’environnement et pour les humains est prouvée depuis longtemps ?
    Merci.

    • Bonjour, vaste débat… La bouillie bordelaise (cuivre + soufre) a mauvaise presse, et il existe de nombreuses formes de cuivre (sulfates, orthophosphates). Un ingénieur agronome serait probablement plus à même de vous répondre sur ce sujet. Après il faut toujours penser qu’il est difficile pour un agriculteur de ne pas agir sur ses cultures en cas de maladie, car c’est son outil de travail dont il est sujet, et donc sa source de revenus qui va lui permettre de nourrir sa famille (bien que ce soit de plus en plus difficile). En agriculture biologique c’est la prophylaxie qui doit prévaloir, mais vous avez beau boire un jus d’orange tous les matins, vous attraperez peut-être quand même un rhume ou une grippe, ou pas…

  • Il manque des références sérieuses pour étayer vos propos intéressants (études validées, epériences, validation en double aveugle…).
    Avez-vous demandé à une équipe neutre de dénomber les insectes et autres animaux sur les terrains et dans les terrains dits “bio” puis sur et dans les terrains voisins?
    Non. Vous affirmez un fait sans apporter aucune preuve.

    • Bonjour, il ne s’agit ici que d’un témoignage de ma part, non d’une fait avéré et prouvé. Néanmoins, je vais reformuler suite à votre commentaire, car il semble que ce ne soit pas assez clair. Merci

  • Bonjour, je me nourri de produit des paniers locaux et pour tout vs dire je vais également sur les marcher a savoir que certain vendeurs vont se ravitailler sur Lille , ou les produits ne sont ni locaux ni bio mais comme toujours ns ns faisons avoir

    • Bonjour, effectivement il est parfois difficile de reconnaître un primeur d’un maraîcher. Le premier se fournit au marché gare, le second est producteur.

      • à noter qu’il y en a aussi qui se font prendre pour des producteurs alors qu’ils sont (au moins en partie) primeurs, étant donné que “production locale” est devenu un argument commercial important.. des fois ça manque cruellement de transparence et il peut y avoir de la pub mensongère la dessus malheureusement :-/

  • Le bio c’est trop cher !… Merci Claire pour cet éclaircissement, ce que j’aime dire en plus c’est que quand la conscience du consommateur s’aiguise jusqu’à vouloir éviter de consommer des pesticides, peut-être même jusqu’à espérer qu’ils trouveront plus de nutriments dans un aliment bio, alors je pense que ce consommateur peut entendre que nous mangeons trop de quantité… que nous n’avons pas besoin de manger aussi souvent de la viande… que si nous voulons encore manger des produits laitiers, ils peuvent être préparés maison, pour les desserts en tout cas ; qu’il est mauvais pour la santé de consommer autant de biscuits, de galettes, de pizza, de viennoiseries…même bios ; etc…
    Et si vous aimez aussi l’article de Claire :”Cuisiner pour prendre soin de soi”, vous n’allez pratiquement plus acheter de produits préparés industriellement, même bios… Alors, vous allez finir par faire des économies !!!

  • Les produits non bio sont spécifiques aux pays développés. Les autres pays n’ont jamais empoisonnés leurs sol car il n’en n’ont jamais eu les moyens. Les poisons sont trop chers.

    • C’est entièrement faux. C’est même tout le contraire : les industriels ont eu et ont encore énormément de contrôle sur les agricultures dans les pays dits “en développement”. Si bien que ce qui leur a été vendu comme la solution miracle a été appliqué, encore plus que dans les pays développé, afin de réduire pauvreté, misère etc. Et oui, si il y a une super solution miracle utilisez là ! Sauf qu’on le sait très clairement, ce n’est pas une solution miracle.

      Et le pire, ça a été, et cela est encore, que ces populations utilisent les produits phytosanitaires bien souvent sans protection.
      Là où avec la mécanisation (tracteur) il y a peu de contaminations des 5% d’agriculteurs en France, c’est largement pire dans des pays où les moyens de dispersion sont fait avec les mains où sur le dos, sans aucune mesure de protection pour 10 ou 20% de la population.
      Donc non, c’est encore pire dans les pays en développement que dans les pays développés. D’autant que les normes et les contrôles ne sont pas toujours au niveau de ceux des pays développés.
      “mieux vaut manger des produits traités que ne pas manger” en est-on sûr ?
      Vous pouvez également lire Pierre Rabhi qui témoigne de ces changements technologiques qui ont détruit les économies locales.
      Les champs de cotons transgéniques en Inde qui ruinent les paysans qui se suicides… Il y a de nombreux exemples.