Huile de palme 1/3 : les impacts sur la santé

L’huile de palme aurait des impacts négatifs sur la santé, et sur l’environnement. Elle est présente dans de nombreux produits alimentaires que nous consommons tous les jours : biscuits, pâtisseries, pâtes à tartiner, margarines, huiles de friture, bouillons, soupes, etc… Comment démêler le vrai du faux sur LA production préférée des industriels ? Quels sont les réels impacts sur notre santé ? Quelles ont les propriétés de cette huile ? Avant toute chose, il me parait important d’apprendre à reconnaître la présence d’huile de palme dans notre alimentation. Connaissez vous les différences entre palme, palmiste, palmitate ? Entre huile de palme hydrogénée et huile de palme bio ? Entre huile de palme vierge, huile de palme raffinée et l’huile de palme hydrogénée ? Qu’en est-il en réalité ?

Le palmier à huile appelé également éléis de Guinée, est une espèce originaire d’Afrique tropicale, et qui serait apparue il y a 85 millions d’années. Elle est cependant cultivée dans toutes les zones tropicales du globe, notamment en Asie, sous forme de cultivars à la productivité fortement améliorée par sélection variétale. Un palmier à huile donne des fruits douze mois sur douze, deux fois par mois, et peut produire pendant 25 à 35 ans. Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas un arbre, mais un stipe : son « tronc » est un emboîtement de gaines foliaires et ne possède pas de cambium (écorce intérieure). Ce palmier à huile, a été utilisé depuis bien longtemps en Afrique, fournissant des ressources vivrières, des produits de soin, et des matériaux de construction :

  • En médecine traditionnelle locale, ses palmes servaient à soigner les plaies infectées
  • En décoction, ses racines calmaient les bronchites et la gonorrhée
  • L’huile de palme vierge agirait sur les maux de tête, douleurs, rhumatismes
  • L’huile de palmiste, à ne pas confondre avec l’huile de palme, permettait de lutter contre la constipation chez les jeunes enfants
  • L’huile de palme vierge a une forte teneur en caroténoïdes, qui accroît le taux de vitamine A dans le sang
  • L’huile de palme vierge sert au premier repas de la femme qui a accouché, pour nettoyer le système digestif. De plus cette dernière est massée avec pour détendre le corps, réduire les douleurs de l’accouchement et lui redonner une belle peau
  • L’huile de palme est la base de préparation de la plupart des plats et mets traditionnels
  • Ses grandes feuilles palmées sont utilisées pour réaliser des toits en raphia
  • En basse-Casamance, lorsqu’une mère décédait en couches et qu’il n’y avait personne pour allaiter l’enfant, on lui donnait de la sève de palmier non fermentée, car sa composition en acides gras est très proche des lipides du lait maternel.


Le palmier à huile permet la production :

  • de l’huile de palme extraite de la pulpe du fruit (red palm oil ou crude palm oil)
  • de l’huile de palmiste extraite du noyau du fruit (palm kernel oil)
  • du cœur de palmier issu du stipe, que vous avez surement déjà consommé en salade
  • du vin de palme et du vinaigre de palme issu de la fermentation de la sève (d’autres variétés de palmiers peuvent être utilisées comme le palmier dattier par exemple)

A noter : l’acide palmitique également appelé acide cétylique, est un acide gras saturé, il est présent dans l’huile de palme, mais également dans toutes les graisses végétales et animales. C’est le premier acide gras produit au cours de la lipogenèse (ensemble des processus biochimiques permettant la synthèse des lipides); à partir de lui, les acides gras plus longs peuvent être produits. Son rôle énergétique et structurel est intéressant, mais consommé en excès, l’acide palmitique augmenterait les risques de maladies cardiovasculaires. Le sel de l’acide palmitiques appelé palmitate de sodium est aussi l’un des deux composants du Napalm, avec le naphtalène…

Il existe à l’heure actuelle trois types d’huile de palme :

Lhuile de palme vierge, qui est une huile rouge foncée (dû à sa teneur en beta-carotène), solide à température ambiante, et qui a un léger goût de brioche grillée. Cette huile est anti-oxydante et contient 15 fois plus de vitamine A (rôle primordial dans le renouvellement des cellules et dans les défenses immunitaires) que la Carotte. Cela confère à l’huile de palme vierge des vertus très appréciées par les habitants des pays producteurs : bon pour le cholestérol, diminue le stress oxydant, réduit la pression artérielle, etc…
L’huile de palme raffinée, qui une fois chauffée et filtrée (de manière physique ou chimique) prend une couleur ivoire à blanc. Elle perd 80% à 100 de son beta-carotène, mais également ses minéraux, ses stérols, ses polyphénols, etc.. Les huiles raffinées perdent également leur lipase, un enzyme qui favorise la digestion des graisses. Le lavage chimique se fait avec de la soude caustique et de l’acide sulfurique, procédé interdit en agriculture biologique.
L’huile de palme hydrogénée est une huile raffinée, qui a subi un traitement chimique : l’addition d’une molécule de dihydrogène (H2) à un autre composé, dans le but de diminuer les réactions d’oxydation et de dégradation de la matière grasse, en cassant les doubles liaisons des atomes de carbone présents dans ses acides gras. Cette technique a été mise au point par le chimiste allemand Wilhelm Normann (1870-1939) en 1903, avec l’hydrogénation de l’acide oléique. Les méthodes d’extraction consistent à chauffer, en présence d’un solvant, la matière première de l’huile (graines, fruits, pulpe…). L’huile est ensuite exposée à des métaux précieux toxiques à semi-toxiques appelés catalyseurs : platine, palladium, aluminium, nickel. Lorsque l’hydrogénation est partielle, le procédé entraîne la production d’acides gras trans très néfastes pour la santé. Ce procédé n’est pas autorisé en agriculture biologique, mais peut l’être par les labels cosmétiques bio, ainsi que dans les produits d’entretien bio (voir » Les labels cosmétiques bio« ).

Les acides gras trans issus de l’hydrogénation de l’huile de palme sont utilisés dans l’industrie agroalimentaire comme stabilisateurs et comme conservateurs. Ils rendent les aliments plus fermes et plus stables dans le temps, et donc moins sensibles à l’oxydation. On peut aussi les trouver à l’état « naturel » en petites quantités dans le lait et la viande de ruminants.  Les études épidémiologiques (source : ANSES) ont montré qu’une trop grande consommation d’acides gras trans est associée à une augmentation du risque cardiovasculaire. Ces effets néfastes passent par une augmentation du « mauvais » cholestérol (LDL) et une baisse du « bon » cholestérol (HDL). Aujourd’hui, en France, aucune loi ne régit la consommation et l’utilisation des acides gras trans. Seules des recommandations émises par l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments en 2005, préconisent d’en limiter la consommation. Si vous souhaitez éviter tout risque de surdosage, réduisez votre consommation de viennoiseries et de margarines hydrogénées, et également de produits transformés (qui contiennent aussi des sucres, du sel, des conservateurs, des exhausteurs de goût, etc..).  Mais ne vous privez pas pour autant, un seul petit pain au chocolat (ou chocolatine, pour ne froisser personne) n’a encore tué personne ! Siddhartha ne prônait-il pas « la voie du milieu » ?

A titre de comparaison, voici quelques teneurs en acides gras saturés :
  • Huile de Palme : 48 % à 50 %
  • Huile de Palmiste & huile de Coco : 84% à 87%
  • Beurre de cacao : 62%
  • Beurre : 67%
  • Huile de soja : 15%
  • Huile d’olive & huile de sésame : 14%
  • Huile de tournesol : 13 %
  • Huile de colza : 7%

Environ 45 millions de tonnes d’huile de palme conventionnelle sont produites chaque année, principalement en Indonésie et en Malaisie. La production en agriculture biologique représente 12000 tonnes, essentiellement produites en Colombie et au Ghana. Finalement, comme de nombreuses plantes, on se rend compte que ce n’est pas le végétal lui-même qui est mauvais mais l’usage qui en est fait, son exploitation et les procédés industriels qui en découlent. Le vrai problème ne serait-il pas que l’on consomme trop d’huile de palme sans le savoir… Dans nos sociétés, on cherche toujours un coupable, mais qui blâmer ? Les producteurs ? Les consommateurs ? Les transformateurs ? L’industrie agro-alimentaire ? Les pouvoirs publics ? Les populations locales ? Les intermédiaires ?

Vous souhaitez participer à notre référendum sur l’huile de palme ? Vous pouvez voter ici : https://goo.gl/forms/zrtoUr3NAYKbjRuJ2

 

 

Les autres volets de l’enquête : https://www.greenweez-magazine.com/?s=referendum

 

Sources : ANSES, Mirova, Fonds Français pour l’Alimentation et la Santé, Nopalm.org, vivresanshuiledepalme.blogspot.fr, USDA

7 Comments

  • Bonjour,
    Très intéressant et très instructif. Je cherchais des infos sur le sujet merci d’y répondre par vos recherches.

      • Bonjour Ida, l’impact environnemental du à l’exploitation de l’huile de palme conventionnelle est effectivement un désastre écologique. L’article sur cette aspect de l’huile de palme est à paraître demain, et cette vidéo y est intégrée. Mais merci d’y avoir pensé.

  • Bonjour Françoise, il sera disponible lorsque nous aurons terminé la série d’article, afin que vous puissiez répondre en connaissance de cause 😉

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