Le liège, matériau écologique et un brin magique ?

Liège

Si nous le connaissons plus facilement pour les bouchons, en d’autres temps, Théophraste s’émerveillait déjà devant la formidable faculté de renouvellement de son écorce. Qui donc ? Le liège, pardi ! Issu du chêne-liège (de son doux nom latin quercus suber L.), qui pousse presque uniquement dans la région méditerranéenne, ce matériau regorge de qualités admirables. Avant de découvrir ses aspects techniques et utilisations, attardons-nous sur ce qui fait de lui un matériau écologique à préserver tel un précieux trésor :

Le liège, un matériau (vraiment) écologique

Un matériau local et durable

Ecorce de liège

Le chêne-liège pousse quasi exclusivement dans la région méditerranéenne. Ainsi, l’Espagne, le Portugal, le Maroc et l’Algérie regroupent à eux seuls plus de 90% des subéraies (forêts de chênes-liège) mondiales, les autres étant situées dans le Sud de la France et de l’Italie ainsi qu’en Tunisie. Véritables “poumons verts” pour la Méditerranée, ces forêts représentent une surface d’environ 2.74 millions d’hectares répartis pour les 2/3 dans le Sud de l’Europe, le 1/3 restant étant situé au Nord de l’Afrique.

Cet arbre qui a traversé les millénaires, outre son aspect local pour nous européens, peut vivre jusqu’à 200 ans environ. Et Théophraste ne s’y était pas trompé : son écorce présente par ailleurs la particularité de se renouveler d’elle-même tous les 9 à 10 ans. Par conséquent, il n’est pas nécessaire d’abattre des arbres pour récolter le liège (formé par la couche externe de l’écorce). En revanche, l’extraction n’est possible que si l’on s’est assuré(e) en amont de la bonne santé du chêne-liège. En effet, le renouvellement de l’écorce en dépend…

Notons par ailleurs que contrairement à beaucoup de végétaux qui ne peuvent se régénérer en l’absence de graines ou de bourgeons après un incendie, le chêne-liège se reconstitue rapidement. En effet, de par ses qualités, le liège protège les branches de l’arbre en cas d’incendie

Un puits de carbone ?

Suberaie ou forêt de chênes-liège

Le chêne-liège a par ailleurs la particularité d’absorber plus de CO2 que n’importe quel autre arbre. Ainsi, un hectare de la subéraie de la Herdade da Machoqueira do Grou (au Portugal) aurait la capacité de captiver à lui seul 14.7 tonnes de CO2 par an (1) !

Ce matériau naturel présente également l’avantage de retenir le CO2 même une fois travaillé. Voilà qui devrait plaire aux amateurs(trices) de vin qui souhaitent se délecter de ce savoureux breuvage sans y noyer leurs convictions écologiques : un bouchon composé uniquement de liège naturel continuerait en effet de retenir 6.2g de CO2, ce pendant plus ou moins longtemps.

Ce n’est qu’une fois jeté à la poubelle que le liège aurait un impact environnemental plus ou moins grand. En effet, c’est un matériau entièrement recyclable sur le papier. Mais, dans la pratique, les processus de traitement des déchets sont extrêmement variables selon les pays, qui n’en récupèrent pour l’instant qu’une infime partie à des fins de recyclage. Or, qui dit incinération – quand tel est le cas – dit aussi émission de CO2…

La préservation de la biodiversité

Lynx ibérique

La région méditerranéenne est reconnue pour la grande richesse de sa faune et de sa flore, dont des espèces endémiques. C’est le cas notamment… Du chêne-liège (2) ! Et, mieux encore, bien conservées, les forêts de chènes-liège constituent de formidables réservoirs de biodiversité. Elles sont ainsi réputées abriter 135 espèces de plantes, 24 de reptiles et d’amphibiens, 160 espèces d’oiseaux et 37 de mammifères, parmi lesquelles des espèces en voie de disparition comme le lynx ibérique.

Ces forêts claires promettent en effet des paysages variés propices à la diversité, alternant naturellement zones ombragées formées d’arbres d’âge et donc de hauteurs différents et zones de pâturage. Elles forment par ailleurs un bon exemple d’équilibre entre l’œuvre de la Nature et la main de l’Homme. En effet, laissées à l’abandon, les subéraies tendent à diminuer d’elles-mêmes, entraînant ipso facto un apauvrissement de la biodiversité, entre autres conséquences désastreuses (3).

A l’inverse, gérées de manière responsable, elles resteraient florissantes… Et permettraient non seulement de produire plus de liège qu’un chêne-liège sauvage, de par la récolte régulière, mais aussi de capter plus de CO2 (4). D’ailleurs, pour le World Wildlife Fund (plus connu sous le nom de WWF), “si elles sont gérées efficacement [les subéraies peuvent être pour le Portugal] un outil fondamental de lutte contre la désertification, et notamment contre la dégradation des sols” (5). CQFD.

Le liège, un matériau technique de choix

Liège yoga

Liège & écoconstruction

Au-delà de ses seules qualités écologiques indéniables, le liège s’avère un matériau technique de choix. Ainsi, si 80% de sa production est consacrée à la fabrication de bouchons, on le considère comme un isolant thermique et phonique hors pair. Ajoutons à cela qu’il combine à la fois l’avantage d’être imputrescible (il ne pourrit pas) ; ignifuge (il est difficilement inflammable) ; résistant aux insectes ; léger… Ce qui en fait un matériau parfait pour l’écoconstruction !

Le liège, une alternative écologique au cuir ?

Sac à main en liège Bolsa, Oak Forest

La montée en puissance du véganisme ces dernières années a par ailleurs poussé les fabricants textiles à chercher des alternatives au cuir, dont… Le liège ! Au rang de ses qualités, il offre en effet flottabilité et élasticité, d’où son intérêt en tant que substitut du cuir. Il est par ailleurs réputé anallergique, antimicrobien, antifongique et antistatique.

Brique de yoga Yiengar, Chin Mudra

Cela en fait un matériau extrêmement hygiénique, d’où son utilisation pour les tapis et accessoires de yoga. On l’apprécie alors particulièrement pour une qualité bien spécifique : plus on transpire, plus il adhère ! Mais ce n’est pas tout : maroquinerie, papeterie, chaussures… Aujourd’hui, un large choix s’offre donc à celles et ceux qui souhaitent se tourner vers le liège, que ce soit par souci éthique, écologique ou simplement esthétique.

Nos belles marques françaises

Sac en liège

Promenons-nous d’abord à Rignat, dans l’Ain. C’est là que si niche la marque Priviliège, spécialisée dans la fabrication de tapis et accessoires de yoga. Son ambition ? Proposer aux yogis des produits naturels et exempts de toxicité, en harmonie avec la philosophie de cette pratique. Fabriqués au Portugal, les tapis qu’elle propose comportent une face en liège naturel, la seconde en éthylène-acétate de vinyle (EVA) 100% recyclée. Ou comment allier écologie et confort, pour une pratique sereine…

Tapis de yoga Namaste + sac, Priviliège

La marque alsacienne Oak Forest (littéralement, “forêt de chênes“) propose quant à elle une belle gamme de bijoux et accessoires : sacs, trousses ou encore, plus insolite, des chaussures ! Pour ce faire, elle recourt à une fabrication artisanale au Portugal. Elle est en effet désireuse de préserver les ressources et savoir-faire de nos belles régions… Tout en valorisant les trésors dont recèle cet arbre généreux qu’est le liège. Et quelque chose nous dit que c’est un pari réussi !

Chaussures en liège, Oak Forest

Enfin, offrons-nous une virée en Gironde auprès de Karmyliège, née d’un voyage au Portugal. Là-bas, sa créatrice Katrina est séduite par le liège, qu’elle voit comme un véritable trésor. Par chance, elle rencontre un artisan portugais merveilleux avec lequel elle s’associe pour créer sa marque. Tous deux nous proposent donc depuis 2014 bijoux et petite maroquinerie en liège haut de gamme approuvée Vegan par les organisations One Voice et PETA. Et c’est ainsi que s’entremêlent écologie et éthique, le temps d’une (belle) histoire…

Portefeuille en liège Alex, Karmyliège

Et vous, avez-vous déjà succombé au charme du liège ?

Marion B.

Pour aller plus loin :

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